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Une seule position de main sépare un service qui claque d’un service qui plafonne : le continental grip au tennis, cette prise dite « marteau » où la base de l’index vient se caler sur le deuxième biseau du manche. Elle couvre le service, la volée, le smash, le slice et l’amortie, sans le moindre changement de main. Elle est aussi la plus contre-intuitive de toutes. Presque personne ne l’adopte spontanément, et c’est précisément là que se joue le passage du joueur de loisir au joueur qui construit ses points.
Ce qu’il faut retenir
- Le continental grip se prend sur le biseau 2 du manche : base de l’index et talon de la main alignés, exactement comme sur un manche de marteau.
- Il couvre quatre familles de coups — service, volée, smash, slice et amortie — sans aucun changement de prise, ce qui le rend indispensable au filet.
- 94 % des entraîneurs diplômés l’enseignent au service, selon une étude publiée en 2024 dans Applied Sciences.
Qu’est-ce que le continental grip au tennis, exactement ?
Le continental grip est la prise obtenue en posant la base de l’index et le talon de la main sur le deuxième des huit biseaux du manche. Le manche d’une raquette n’est pas rond : c’est un octogone. Ses huit facettes sont numérotées de 1 à 8. Pour un droitier, le biseau 1 est l’arête supérieure quand la raquette est tenue tranche vers le sol ; le biseau 2 est la facette inclinée immédiatement suivante, dans le sens des aiguilles d’une montre.
Le repère le plus fiable reste visuel. Le V formé par le pouce et l’index doit pointer vers l’arête supérieure du manche. La main enveloppe alors le manche comme elle empoignerait un marteau — d’où le surnom de prise marteau, employé dans toutes les écoles de tennis françaises.
Le nom, lui, vient d’Europe. Il renvoie au continent européen d’une époque où le gazon dominait le circuit : sur ces surfaces, la balle rebondissait bas et rapide, et cette prise plate y était parfaitement adaptée.
Un détail échappe souvent aux joueurs de club. Dans la tradition pédagogique française, prise marteau et prise continentale ne se confondent pas tout à fait : la continentale s’obtient en tournant très légèrement la raquette depuis la marteau. En pratique, l’écart est d’un demi-biseau et les deux termes s’emploient indifféremment. Sur le court, personne ne coupera les cheveux en quatre.
Comment trouver le continental grip en dix secondes ?
La méthode la plus rapide tient en quatre gestes, sans regarder le manche.
- Tenir la raquette par le cœur avec la main libre, le tamis perpendiculaire au sol, comme une hache prête à fendre une bûche.
- Poser la main de frappe sur le manche comme pour saisir le manche de cette hache, sans réfléchir.
- Vérifier le V pouce-index : il doit viser l’arête supérieure. S’il pointe vers la droite, la prise a glissé vers le coup droit.
- Écarter légèrement l’index du majeur et relâcher la pression. Une main crispée annule tout le bénéfice de la prise.
Reste un test imparable. Avec le continental grip, un joueur peut faire rebondir une balle vers le sol avec une face du tamis, puis vers le haut avec l’autre face, en alternance, sans jamais tourner la main. Aucune autre prise ne le permet aussi naturellement.
Quels coups se jouent avec le continental grip au tennis ?
Quatre familles de coups reposent sur cette prise : le service sous toutes ses formes, les volées, le smash et les coups coupés. Le point commun ? Tous exigent un tamis légèrement ouvert et un poignet verrouillé, ou un temps de réaction trop court pour changer quoi que ce soit.
| Coup | Prise recommandée | Pourquoi |
|---|---|---|
| Service plat, slicé, kické | Continentale | Seule prise qui libère la pronation de l’avant-bras et donne accès aux trois effets sans bouger la main |
| Volée de coup droit et de revers | Continentale | Tamis naturellement ouvert, poignet stable, zéro changement de prise dans l’échange rapide |
| Smash | Continentale | Geste mécaniquement identique au service, du lancer à la pronation finale |
| Slice de revers, amortie | Continentale | Ouverture du tamis indispensable pour passer sous la balle et couper |
| Coup droit lifté | À éviter | Plan de frappe trop en arrière, poignet bloqué, lift quasi impossible à produire |
Le smash illustre bien cette logique d’économie. Interrogé par la Fédération française de tennis, Fabrice Martin, ancien numéro 1 français de double, rappelle qu’il le frappe « avec la même prise de raquette qu’au service ». Le joueur ajoute une observation que tous les amateurs reconnaîtront : « La difficulté du smash, c’est qu’il y a une espèce de temps mort avant le geste. » Ce temps mort, un joueur qui doit encore chercher sa prise ne l’a pas.
Au filet, l’argument devient mathématique. Une volée se joue en moins d’une demi-seconde. Changer de prise entre un coup droit et un revers coûte à peu près ce temps-là. C’est la raison pour laquelle, au tennis en double, où le jeu se décide devant, la continentale n’est pas une option mais un prérequis.
Pourquoi le continental grip a-t-il disparu du coup droit ?
Parce que les surfaces ont changé et que la balle rebondit désormais beaucoup plus haut. Jusqu’aux années 1970, la prise continentale servait à tout, coup droit compris. Rod Laver, puis John McEnroe jusqu’au début des années 1990, ont construit des carrières entières sur ce geste plat et direct, taillé pour le gazon et les raquettes en bois.
Le basculement s’opère avec le lift. L’arrivée du graphite, la domination de la terre battue et du dur, l’irruption d’un adolescent nommé Jimmy Arias frappant son coup droit en prise eastern à 14 ans : en une décennie, la fabrication de l’effet devient prioritaire sur la pureté du contact. Or le continental grip ferme la porte au lift. Le plan de frappe reste trop en arrière, le poignet se verrouille, la brosse est impossible.
Les chiffres actuels racontent ce partage. Dans une étude publiée en août 2024 dans la revue Applied Sciences, menée auprès de 226 entraîneurs diplômés, 94 % déclarent enseigner le continental grip au service — tous niveaux d’expérience confondus. Pour le coup droit, en revanche, la semi-western l’emporte largement, citée par 65 à 68 % des coachs.
Autrement dit, la prise ne s’est pas éteinte. Elle s’est spécialisée. Elle règne sans partage là où le tamis doit rester ouvert et le temps manquer.
Les trois erreurs qui ruinent la prise continentale
Servir en prise de coup droit. C’est l’erreur numéro un du joueur de club, et elle est confortable : la balle part droit, tout de suite. Le plafond arrive vite. Sans pronation, impossible de slicer, impossible de kicker, impossible de faire rebondir la seconde balle au-dessus de l’épaule adverse. Le service devient prévisible, et un service prévisible se punit — surtout sur une balle de break.
Serrer le manche. Le continental grip fonctionne par relâchement. Une main crispée bloque la rotation de l’avant-bras et transforme un service fouetté en poussée du bras. La règle donnée dans les académies, notamment dans le guide technique de la Mouratoglou Tennis Academy, tient en une image : ferme, jamais raide.
Négliger le grip lui-même. Un surgrip lisse et usé oblige inconsciemment la main à se refermer pour compenser. Le geste se contracte, la prise dérive. Vérifier l’état de son manche fait partie des équipements de tennis que personne ne surveille assez.
Il faut ajouter une quatrième difficulté, moins technique : la patience. Le passage au continental grip fait presque toujours régresser un joueur pendant deux à quatre semaines. Les services partent dans le filet, les volées s’ouvrent trop. C’est le prix normal du changement, et la raison pour laquelle tant de joueurs abandonnent à mi-chemin.
Reste une question que peu de joueurs de club se posent en quittant le court : combien de points ont-ils perdus, non par manque de talent, mais parce que leur main était posée deux biseaux trop loin ?
Foire aux questions
Le continental grip et la prise marteau sont-ils la même chose ?
Dans l’usage courant, oui. Les deux termes désignent la prise sur le biseau 2. Certaines écoles françaises distinguent une prise marteau strictement alignée sur l’arête du manche et une continentale très légèrement tournée, mais l’écart est minime et sans conséquence pratique pour un joueur amateur.
Combien de temps faut-il pour s’habituer au continental grip au tennis ?
Comptez deux à quatre semaines de pratique régulière pour retrouver votre niveau initial, davantage si vous servez depuis des années en prise de coup droit. La méthode la plus efficace consiste à travailler au panier, sans enjeu de score, en commençant par des services à mi-vitesse.
Peut-on jouer un coup droit avec le continental grip ?
Oui, mais uniquement en coup droit coupé ou sur une balle très basse. En coup droit lifté, la prise bride le plan de frappe et bloque le poignet : le lift devient impossible à produire. Pour ce coup, mieux vaut basculer en prise eastern ou semi-western.
Journaliste passionnée, Nathalie décrypte l’actualité de sport-news.fr au quotidien. Des résultats de compétitions aux conseils d’entraînement, elle transforme les tendances du sport en guides accessibles pour tous les pratiquants. Son crédo : une information fiable et un équipement bien choisi pour performer toute l’année.

